27 janvier 2016

Les élèves du Père Pedro

Mardi 26 janvier, accompagné de Mlle Clara qui prenait des photos, je suis monté au 4e étage de l’école primaire d’Andralanitra, afin de voir l’endroit où les camions déversent leurs ordures et où en étaient les travaux entrepris dernièrement par la société responsable des ordures (Samva) pour résoudre ce problème d’accès à la décharge et de déversement des déchets face à notre école, qui a produit tant d’odeurs nauséabondes pour nos élèves ces dernières semaines.

En passant à côté des 3 classes de 8e, je n’ai pas pu résister à l’envie de rentrer saluer les enfants qui à travers les fenêtres me saluaient déjà de la main. L’instant où je suis entré dans une classe, les enfants se sont levés en disant « bonjour mon père, bonjour Mlle », tout cela avec un grand respect et une grande joie. Les institutrices les ont ensuite fait asseoir et ils nous ont remercié pour la visite que nous leur rendions.

J’avais devant moi des visages illuminés par la joie d’étudier, des yeux qui manifestaient une grande soif d’apprendre, et en même temps la joie d’être visités et encouragés. Sur le tableau noir, il y avait une leçon de géométrie et de mathématiques, et, de l’autre côté, une leçon de SVT sur les dents. J’ai demandé si quelqu’un voulait bien lire en français le texte sur les dents, et immédiatement des dizaines de mains se sont dressées. L’institutrice a donné la parole à 1 garçon et 2 filles pour lire ce texte et ils l’ont lu avec beaucoup de sérénité, sans aucune gêne, et une bonne prononciation. Puis toute la classe a lu un autre texte en français sur une jeune fille malade, du nom de Céline. Personnellement, j’étais déjà surpris qu’à l’âge de 9 ans, des enfants comprennent si bien le français, qui reste pour eux une langue étrangère.

Voyant cet enthousiasme et cette envie d’apprendre, cet état d’esprit plein de sérénité, de bonté, devant ces yeux assoiffés d’instruction et de progrès, je me suis demandé comment il était possible que ces enfants de la primaire changent si vite quand ils arrivent au collège. Les enfants que j’avais devant moi étaient des enfants vrais, qui croyaient à leur futur et aux paroles de leur institutrices. On sentait entre eux un grand respect et une grande discipline régnait dans la classe, qui comptait pourtant 68 enfants, assis par trois sur des tables-bancs faites pour deux, dans une salle de 6m par 7, soit 42m2. Et pourtant, malgré cette relative exiguïté, tout le monde était très à l’aise et très respectueux de ses camarades.

Je les ai remerciés et encouragés à continuer dans cet état d’esprit, leur disant : vous êtes l’espoir de Madagascar, vous êtes l’espoir d’Akamasoa, et ils ont répondu avec un grand sourire et de grands applaudissements.

Quand on voit ces enfants, dans quel état d’esprit ils sont, on se dit que ce pays a toute l’espérance devant lui ; mais on se demande aussi pourquoi, depuis si longtemps, pour ma part après 46 ans de présence à Madagascar, ce pays s’enfonce continuellement dans la pauvreté.

Et la question se pose d’abord au niveau des enfants, et de l’éducation. C’est ce que je disais à Mlle Clara en sortant de la salle classe: tu vois quelle beauté a cette classe où l’on voit des enfants désireux d’apprendre, heureux de s’instruire ; pourquoi donc changent-ils après, une fois qu’ils grandissent ? C’est une grande question que l’on continuera d’explorer avec nos 350 éducateurs et instituteurs.

Père Pedro