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Les maisons en bois

Nous pensions que le temps d’habiter dans les maisons en bois de 3m sur 3 était un temps révolu à Akamasoa.

Il y a 10 ans, en 2006, nous avions préparé un grand repas avec des milliers de personnes pour fêter la destruction des maisons en bois, et leur remplacement par des logements en dur.

C’était 10 ans en arrière.

Aujourd’hui, à cause de l’augmentation de la pauvreté et du nombre de toutes les familles en provenance de la rue qui frappent à notre porte, nous avons dû, contre notre volonté, recommencer à faire des maisons en bois.

Pour deux raisons : pour loger immédiatement ces familles de la rue qui viennent jusqu’à nous ; et, ensuite, pour donner une habitation individuelle à toutes les autres qui vivent depuis longtemps entassées dans les dortoirs communautaires de notre Centre d’Accueil.

Il est de notre désir, en effet, de donner à chaque famille un lieu, si petit soit-il, pour qu’elle ait un chez soi. C’est dans ce lieu intime, particulier, que la famille va retrouver la bonne entente, la solidarité et l’harmonie perdues à cause des années de vie dans la rue.

Ainsi nous avons recommencé à faire ces maisons en bois qui servent de première urgence et où les familles commencent l’apprentissage du vivre ensemble, entre elles et aussi avec leurs voisins. Elles y vivent à 5,6 et même 7 personnes ; dans 9m2, c’est exigu ! Mais c’est déjà mieux que de vivre sur les trottoirs ou les marchés de la ville.

 

Regard en arrière

Autrefois, des milliers de personnes vivaient dans les maisons en bois que nous avions construites sur la colline, à Mangarivotra. Et nous avions remarqué une chose, c’est que malgré leurs habitations de fortune, une grande solidarité régnait entre les familles, une solidarité profonde et authentique.

Ces familles étaient toutes des survivantes de l’enfer, celui des rues, ou de la décharge. Et c’est dans cette extrême pauvreté, dans leur lutte commune pour s’en sortir, qu’elles se sont rendu compte que ce n’est qu’avec les autres frères et sœurs, en se donnant la main, en faisant un corps compact, qu’elles allaient pouvoir faire reculer la pauvreté.

Cela reste une expérience inoubliable pour tous les habitants d’Akamasoa, et fait partie de l’histoire indélébile de notre action.

Aujourd’hui, malgré la construction de villages en dur, d’habitations normales avec une petite cour et un potager, ce temps d’apprentissage, de solidarité, reste dans les mémoires de ceux qui l’ont vécu comme un moment d’une grande intensité humaine, de communauté et d’amitié.

C’est un peu ce que vont commencer à vivre ces familles qui arrivent à leur tour.

 

Un état d’esprit à recréer et affermir sans cesse

Même si de nombreuses familles ont progressé depuis cette époque, évoluant au sein du groupe, chacune possédant une maison individuelle, petite mais sympathique, nous devons tout le temps recréer cette ambiance de solidarité par les réunions de village, les fêtes, les messes, les associations, le travail communautaire de nettoyage de quartier, le sport, les commissions de santé.

Tout cela est indispensable et doit continuer pour rassembler les gens, car la tendance, on le sait et on le voit ailleurs, c’est l’individualisme. Mais pour l’instant, surtout grâce aux associations et à l’Eucharistie, nous tenons encore soudées la communauté et le peuple d’Akamasoa.

Cette bataille pour la solidarité, l’union, l’amitié et la fraternité ne se gagne jamais une fois pour toutes. C’est un combat continuel, parce que l’homme penche vers le moindre effort, l’égoïsme et le chacun pour soi.

Il n’y a que cet idéal communautaire qui puisse servir de barrage et sauver le groupe des dissensions internes. Cet idéal, nous l’avons déjà vécu, et c’est une expérience que nous voulons aujourd’hui transmettre à nos jeunes et aux enfants qui ne l’ont pas connue.

Nous savons aussi que cet effort pour unir les gens s’est fait dans les pays riches et très riches, et que cela doit leur coûter beaucoup d’efforts, et tout cela c’est louable. C’est ce genre d’expériences de solidarité qu’il faut promouvoir, pour unir les humains dans une seule et même famille, où il n’y ait ni exclusion, ni racisme, ni intolérance, ni fanatisme de tout genre, qu’il soit religieux ou politique.

Ici, à Akamasoa, nous faisons cet apprentissage humain à une échelle de quelques milliers de familles, et, avec des hauts et des bas, on avance. Quelques fois avec des tristesses mais aussi, souvent, avec beaucoup de joie.

 

Première étape d’une guérison

Cet apprentissage humain, pour les familles en provenance de la jungle de la rue, il commence dès leur installation dans les logements un bois, en même temps que s’enclenche un processus de reconstruction de la personne et de socialisation.

Les familles commencent par apprendre le respect de l’autre, des voisins, et la vie communautaire. C’en est fini de l’anarchie de la rue ; maintenant, ici, on s’engage à vivre ensemble, c’est-à-dire à se respecter, s’entraider, donner conseils et le bon exemple aux enfants. On commence aussi à abandonner l’alcool frelaté qui court comme de l’eau dans les bidonvilles de la capitale, souvent pour faire taire les souffrances, les drames, mais qui ne procure qu’une plus grande déchéance au réveil.

On apprend l’hygiène, à être propre, et surtout en ce qui concerne les latrines et les douches collectives.

Tout ce qui est collectif et communautaire est en général mal entretenu, ou géré dans l’indifférence. On se dit que c’est l’autre qui nettoiera, pas moi, et ainsi, comme tout le monde pense la même chose, les douches et latrines restent souvent très sales. Ce respect de l’hygiène constitue ainsi un apprentissage capital pour être capable de vivre ensemble plus tard dans un nouveau village.

 

Une prise en charge nécessaire mais lourde

Le tour du propriétaire de ces maisons en bois est vite fait. Chaque construction fait 3m sur 3. Tout est en bois, sauf le toit, qui est en tôle ; le dallage lui est en ciment. Matériel et main d’œuvre compris, une maison de ce genre nous revient à 250€.

Autrement dit, dès le premier l’accueil d’une famille de la rue nous devons prévoir cette dépense, ce que souvent les gens de la ville ou les autorités municipales ne se rendent pas compte lorsqu’elles nous envoient des personnes ; c’est une charge en moins pour elles, mais c’est à nous d’assurer le relogement de ces personnes.

Pour nous, c’est toute une chaîne de problèmes qui commence : il faut d’abord créer une petite maison de premier secours, avec quelques meubles, puis donner un emploi aux parents, avec des outils si nécessaires, et enfin organiser la scolarisation des enfants.

Cela représente un coût important, et explique que je sois obligé d’accepter toutes les invitations qui me sont faites pour témoigner des drames et des aides d’urgences qui sont à fournir immédiatement et quotidiennement, ici, à Akamasoa.

Car ces aides en effet doivent être apportées dans les plus brefs délais, et par le chemin le plus court. Le pauvre qui vient chez nous est déjà accablé par les promesses déçues et les drames. Il a besoin de voir qu’on s’occupe de lui, d’avoir un chez soi et du travail, pour commencer à croire qu’une nouvelle vie débute pour lui. Et ce genre de personnes brisées nous tombent tous les jours sur les bras.

Il est impensable que nous ne prévoyons pas des structures d’accueil et depuis 27 ans nous n’avons jamais cessé d’en créer, en les améliorant peu et peu et le mieux possible, afin que leurs souffrances soient atténuées et que les blessures guérissent.

Et un premier espoir de guérison pour ces familles de la rue qui nous arrivent dans le désespoir total, c’est de voir toutes les autres familles, qui étaient dans le même état qu’elles quelques temps plus tôt, déjà remises, debout, et prêtes à reconstruire leur vie. Cela motive les nouveaux arrivants ; ils se disent : si eux ont réussi à se stabiliser, à progresser, à avoir une vie digne, pourquoi pas nous aussi ?

Nous sommes les premiers surpris d’avoir recommencé à devoir construire des maisons en bois. C’est le drame et la pauvreté actuels qui nous obligent à le faire. Nous espérons que ces logements d’urgence pourront servir comme point de départ d’une vie nouvelle à toutes ces familles et ces enfants que nous accueillons tous les jours à Akamasoa.

 

 

Les héroïnes malagasy

Le travail, c’est la dignité humaine.

Tous les jours, en sortant dans les rues du village d’Akamasoa, je n’entends qu’une seule complainte : « mompera, omeo asa » (mon père, donne-moi du travail).

Ce sont des dizaines d’hommes, de femmes et de jeunes qui quotidiennement me lancent ce cri de secours afin d’avoir un travail, bien sûr rémunéré, et de pouvoir survivre avec leur famille.

Il est vrai qu’en entendant, tous les jours et depuis des années ce cri, à la fin, j’ai fini par avoir peur de sortir dans les villages, sachant à l’avance que chaque fois que je croiserai un homme, une femme ou un jeune,  il me demandera du travail.

Mais en même temps, je me souviens des débuts d’Akamasoa il y a 27 ans, quand les parents qui vivaient dans l’extrême pauvreté, dans la rue et sur la décharge, me demandaient uniquement de l’argent : « mompera, omeo vola » (mon père, donne-moi de l’argent).

Ce sont plusieurs années de formation et de conscientisation réalisées à Akamasoa à tous les niveaux, dans les écoles, les réunions du Fokonolona, les prières et les messes, qui ont été nécessaires pour faire comprendre à nos frères et sœurs de la rue, que pour vivre il fallait travailler, et que pour avoir de l’argent, il fallait d’abord avoir un travail.

La tête quelques fois fatiguée par ces demandes incessantes, je m’écrie : « mais c’est au Ministre du travail que vous devriez vous adresser ! Car moi, je ne suis ni un entrepreneur, ni un chef d’entreprise ! »

Mais je suis en même temps heureux au fond de moi-même, car je sais que ces frères et sœurs, parce qu’ils ne me demandent plus simplement de l’argent, mais du travail, ont retrouvé leur dignité d’êtres humains.

Dieu seul sait le chemin parcouru par ces personnes pour comprendre que vivre dans la dignité, c’est vivre debout, avoir du travail, un logement et l’éducation pour ses enfants !

C’est en tenant compte de l’importance primordiale du travail pour regagner une dignité d’homme, de femme, que nous avons créé à Akamasoa des emplois d’urgence pour donner une occupation à quelques milliers de personnes, afin qu’elles puissent survivre.

C’est le but de toutes mes sorties du pays, de toutes mes tournées en France et en Europe. Où que je sois invité, mon premier souci est de trouver l’aide financière pour que ces hommes et ces femmes puissent continuer à avoir un travail et une petite rémunération à la fin de la semaine, qui leur permettent de tenir la tête hors de l’eau, en attendant des jours meilleurs, lorsque l’Etat prendra à bras le corps la responsabilité de créer des emplois et d’appeler les investisseurs à investir dans cette belle île de Madagascar.

Car il faut le dire haut et fort et le faire savoir : les pères et mères de famille malagasy sont prêts à travailler pour 1 ou 2€ par jour, et souvent dans des conditions difficiles, comme casser la pierre à longueur de journée, construire notre village, nos logements, nos routes pavées, …

Très peu de personnes dans le monde seraient prêtes à travailler pour une si petite somme, qui leur assure juste la subsistance !

Parmi les photos ci-dessous, vous pouvez voir des centaines de femmes, la plupart mères de famille de plusieurs enfants, qui travaillent à Akamasoa, dans le village au bord de la décharge d’Andralanitra, et qui s’occupent de l’assainissement, de l’arrosage des fleurs et du terrain de sport, de la propreté, mais aussi du transport des briques et du sable, lorsque les logements dans nos villages ne sont pas accessibles aux camions.

C’est une main d’œuvre indispensable pour que notre village continue de vivre, de se développer, et pour garder un minimum d’harmonie sociale, et ne pas tomber dans le chaos du chacun pour soi. Et toutes les semaines, ces femmes nous supplient de continuer à faire ce travail qui leur permet de vivre et de ne pas sombrer dans la détresse.

C’est pour cela que je n’hésite pas à accepter toutes les invitations qui me sont faites, pour témoigner du combat contre l’extrême pauvreté que nous menons depuis 27 ans, et je peux dire qu’après des milliers de témoignages, à travers la France et en Europe notamment, auprès des personnes de bonne volonté qui m’écoutent et qui ont du cœur, je ne suis jamais rentré à Madagascar les mains vides.

Maintenant, avec ce moyen qu’est Internet de faire immédiatement savoir nos problèmes, nos difficultés et nos besoins, je n’hésite pas à t’inviter, cher lecteur, chère lectrice, à regarder la photo de ces dames que je montre de la main, et qui sont là dans la cour de ma maison, à 100m de la décharge d’Antananarivo.

Et je n’hésite pas non plus à lancer un appel SOS en faveur de ces femmes qui veulent travailler, pour 1 ou 2 € par jour, pas plus, sous le soleil, dans le froid, dans le seul but de faire vivre leur famille et de donner à leurs enfants la possibilité d’étudier, et de manger un bol de riz.

Car depuis bientôt un demi-siècle, 46 ans précisément, je suis témoin de la sobriété de ce peuple malagasy, et surtout de ces mères de famille qui sont prêtes à s’investir dans n’importe quel travail dur pour donner un avenir meilleur à leurs enfants.

On a toujours dit qu’il fallait aider ceux qui travaillent. Je suis témoin ici que ces femmes veulent travailler, qu’elles aiment leurs enfants, qu’elles ont du courage et qu’elles font montre aussi d’une grande persévérance, parce qu’après avoir entendu tant de promesses jamais accomplies de la part des politiciens, elles travaillent toujours, et y croient encore.

Quel courage et quelle espérance, quelle bonté de ces femmes d’y croire encore après avoir été déçues pour la énième fois !

Ces centaines de femmes devant qui je parle, ne représentent cependant qu’une infime partie des milliers de femmes qui travaillent à Akamasoa. Il y a toutes celles qui travaillent à la carrière, à casser la pierre toute la journée, celles qui font manœuvre dans nos chantiers de construction de logement et d’écoles, celles qui confectionnent dans nos ateliers d’artisanat, et dont vous pouvez voir quelques photos ici.

Devant le grand courage de ces femmes malagasy, nous ne pouvons rester sans réagir ; par leur dévouement et leur obstination elles sont un exemple pour beaucoup sur notre terre.

Je voudrais aussi lancer cet appel et ce défi, à nous qui regardons ces photos de femmes au travail, ces visages marqués par la dureté de l’existence quotidienne, ces sourires pourtant rayonnants. Un geste minime de notre part peut les réjouir pour la vie, la journée, car elle ne se sent pas seule devant cette montagne de problèmes qui envahissent ses jours.

Les rapports sont tellement disproportionnés qu’avec l’argent de poche d’un enfant d’Europe, ces femmes peuvent continuer de travailler, c’est-à-dire pour elles survivre, avoir de quoi manger, un logement décent, et l’éducation pour leurs enfants.

Ce qui ne représente rien pour les habitants de certaines parties du monde, savoir 1€ ou 2, pour d’autres, pour des milliers de femmes malagasy, est une chance de survie, de ne pas mourir complètement isolées et délaissées.

Regardez ces visages, et pensez qu’un geste de votre part est le fil qui pourrait les retenir en vie ; et que ce geste n’est pas fait pour les assister, mais pour leur donner la possibilité de gagner leur vie par un travail, et sauver ainsi leur dignité.

Offrons-leur la possibilité de se battre pour elles et leurs enfants !

Fraternellement,

Père Pedro

Journées des écoles à Madagascar – 17, 18 et 19 février 2016

18 février, stade Saint Pierre Akamasoa – Andralanitra

Comme tous les ans, nous avons vécu une des « Journées des écoles », la deuxième sur trois, au stade Saint Pierre Andralanitra dans une joie et une euphorie indescriptibles.

Ce sont les directeurs des écoles, les professeurs, le père Pedro et ses coéquipiers qui ont lancé le coup d’envoi de cette matinée consacrée à l’athlétisme, par un tour de stade en courant sous les cris, les ovations et les acclamations de tous les élèves présents. Près de 9000 élèves ce matin, en provenance des 3 centres Akamasoa d’Antananarivo : Andralanitra, Manantenasoa et Mahatsara !
Les quelques 200 athlètes qui allaient concourir sont ensuite entrés sur la piste en courant eux aussi et ont rejoint le centre de la pelouse, chaque groupe portant une pancarte où étaient inscrits leur logo et leurs slogans. Ils y avaient écrit les mots et les valeurs qu’ils souhaitent défendre pour leur vie et celle d’Akamasoa. L’un disait : un esprit sain dans un corps sain, une vie entièrement saine. Un autre : les études, la foi suivie des œuvres et la sagesse.

Lorsque tout le monde fut en place, sur la pelouse et dans les gradins, les 9000 élèves ont entonné l’hymne national, avec beaucoup de force et de conviction. Puis 2 jeunes filles ont salué les élèves et toutes les personnes venues pour cette fête sportive, dans le style rhétorique malagasy traditionnel avec beaucoup de grâce et d’élégance ; elles furent très vivement applaudies.

C’est le Père Pedro qui a ensuite pris la parole, insistant surtout sur les messages  des pancartes à propos de la foi, de la sagesse et des études : tout cela, a-t-il dit, on ne se contente pas de l’écrire, on le vit ; et ici à Akamasoa nous applaudissons tous ceux qui travaillent, se sacrifient pour les autres et offrent leur vie pour leur bien commun.

La vie que nous menons ici, a-t-il ajouté, vous appartient, à vous et à vos parents, elle n’appartient à aucun Etat, parti politique ou association. Vous êtes libres d’en faire quelque chose de bien, alors faites-le ! De notre côté, nous sommes là pour vous donner l’exemple ; ayez courage, et tous ces conseils que nous vous donnons depuis 27 ans, je vous demande de les faire vôtres et s’il faut refuser quelque chose, que ce soit ma personne plutôt que mes paroles.

Des cris de joie ont retenti dans tout le stade, des plus petits aux lycéens et aux universitaires de l’école de Pédagogie.

Le Père a ensuite fait monter à la tribune une jeune fille de première d’Akamasoa, de 17 ans, qui venait de gagner à Ambositra, dans le centre sud de l’île, une compétition nationale de cross country, compétition très importante puisqu’elle l’a sacrée championne de Madagascar ! Prenant la parole, Christelle a incité tous ses camarades à la rejoindre pour prendre part aux compétitions avec elle, et ainsi porter haut les couleurs de la jeunesse malagasy et d’Akamasoa, avec beaucoup d’efforts et de persévérance !

Puis c’est le responsable de la circonscription (CISCO), venu avec son équipe, qui a dit quelques mots pour encourager et remercier les élèves qui participaient à cette rencontre sportive. Il s’est dit heureux de se retrouver devant une telle foule pleine de joie, et a ajouté que malgré les nombreux rendez-vous qu’il avait dans la matinée, c’est ici qu’il avait choisi de venir en premier lieu, pour prendre part et se réjouir avec le peuple d’Akamasoa. Il a souhaité à tous que cette fête soit remplie de joie et qu’elle se déroule dans un esprit de solidarité.

Nous avons beaucoup apprécié son message qui était fort, clair et court, ce qui est rare !
Les discours ne se sont pas éternisés, car c’était d’abord la fête des enfants, comme le père l’a souligné, et ce fut leur tour de rentrer en scène et en action !

Sous les commentaires de la directrice des primaires d’Andralanitra, Mme Emma, qui nommaient les jeunes athlètes, les courses de vitesse ont commencé : sprints de 70 ou 100 mètres, selon l’âge des participants, avec dans chaque course, un élève de Mahatsara, un de  Manantenasoa et un d’Andralanitra !

Les sprints furent très disputés par les élèves choisis qui s’entrainaient depuis plusieurs semaines pour cet événement, et on voyait à la puissance des applaudissements et des cris, la joie des élèves à soutenir leur centre et leur école. C’était tantôt le nom d’Andralanitra, tantôt celui de Manantenasoa qui vibrait dans les gradins ; mais il faut le dire, cette année c’est Mahatsara qui s’est montré le plus méritant dans les courses de sprints et qui en a remporté la plupart !

On a vécu des moments de liesse incroyables, dans les encouragements de chaque école pour ses athlètes et toutes les personnes présentes ; cela montre que le sport peut unir les gens quand il y a une compétition fraternelle, et non pas la seule manifestation de la domination de quelqu’un sur un autre plus faible, moins doué.

On voit à travers ces courses ce que le sport peut apporter, et qui justifie qu’à Akamasoa nous encourageons depuis le début les jeunes à pratiquer le sport de leur choix : une compétition saine, avec de l’émulation et du respect, de la solidarité, et aussi de la discipline et de la rigueur pour être en forme le jour J.

Beaucoup de jeunes à travers le pays voudraient faire du sport, mais ce sont souvent les structures qui font défaut ; ici, à Akamasoa, chacun de nos centres possède au moins un terrain de foot et de basket, avec pour certains une piste d’athlétisme, et très régulièrement, le dimanche après-midi, nous organisons des compétitions, des coupes et des championnats, avec des équipes d’Akamasoa et de l’extérieur.

Après les sprints des collégiens et des lycéens, nous avons pu assister aux courses de demi-fond, elles aussi très disputées, suivies et encouragées par tous les élèves dans les gradins. Toutes ces courses et les relais étaient encadrés par les professeurs d’EPS qui accompagnaient leurs élèves le long de la piste. Chacun se donnait à fond pour donner la victoire à son équipe et à son centre, et cela a provoqué quelques blessures, mais rien de grave !, les responsables et le père lui-même venant tout de suite au chevet des blessés pour prodiguer les premiers soins, en donnant de l’eau ou en faisant des massages.

On peut dire que l’ambiance dans le stade Saint Pierre d’Andralanitra était surchauffée et elle n’a pas faibli en intensité durant près de 2h ! Des séances photos avec les différents responsables, les jeunes, les encadreurs et le père Pedro ponctuaient ces compétitions.

Pour maintenir cet enthousiasme et cette concentration sur le sport, on doit féliciter les encadreurs qui ont si bien préparé ces compétitions. Durant toute la matinée, tout s’enchaînait tout de suite, sans aucun temps mort ; à chaque moment, on assistait à un nouveau départ dans les des quatre coins du stade, ce qui relançait continuellement l’attention des gens.

C’est un effort que nous faisons, à Akamasoa, chaque fois qu’une foule est conviée, de ne pas laisser de temps vide, de peur que les gens se distraient et ne s’intéressent plus à ce qui se passe sur le terrain.

Puis le père a pris la parole pour clore ces rencontres, en disant que maintenant il fallait continuer tous ces efforts que nous avons faits, prolonger cet élan, cette force, ce courage, et  cette passion, mais les mettre cette fois-ci dans les études, en travaillant pour le bien commun de tous. Il a passé la parole au chef CISCO qui a exprimé une nouvelle fois sa grande joie, en ajoutant qu’il n’avait imaginé, avant d’arriver à Andralanitra, pas plus la grandeur du stade, que le nombre d’élèves et leur euphorie ; il les a encouragés à vivre dans cet état d’esprit.

Et tous les élèves se sont tranquillement acheminés vers la sortie du stade, en attendant les festivités de l’après-midi, qui auront lieu sur le terrain de basket !

Chaque centre continuera jusqu’à demain vendredi les différentes fêtes de ces « Journées des écoles » : fêtes sportives et culturelles, dans les centres et les villages.

De telles journées donnent beaucoup de joie et d’espérance dans les enfants et la jeunesse de Madagascar. A nous les éducateurs de canaliser et d’orienter tous ces talents pour le bien de tous, afin d’empêcher nos jeunes de tomber dans la vie facile, l’indifférence et le chacun pour soi, qui souvent règnent dans la Ville.

Nous voulons partager avec vous les photos prises en ce jour, par Mlle Clara qui a réalisé ce reportage !

Réflexions sur les séjours humanitaires

Nous recevons de nombreuses demandes concernant un séjour humanitaire à Akamasoa. Nous aimerions, par ce texte et en toute simplicité, expliquer à toutes les personnes qui demandent à venir à Akamasoa, en quoi notre travail humanitaire diffère quelque peu des autres actions du genre.

Notre singularité

Tout d’abord, par le nombre de personnes que nous prenons en charge : d’une part, celles qui viennent chercher tous les jours une aide ponctuelle à notre centre d’accueil, et que nous avons recensées à plus de 43 000, pour l’année 2015 ; d’autre part, les 25 000 qui sont directement concernées par tous les projets d’Akamasoa. Ces nombres dépassent de loin le cadre d’une association humanitaire.

Ensuite, une action humanitaire intervient dans un domaine précis, dont elle fait son projet. A Akamasoa, nous pouvons dire que nous nous occupons en même temps de 10 projets totalement différents, mais qui se complètent et se suivent, pour la simple raison que la vie des êtres humains elle-même ne peut être divisée en tiroirs et cloisonnée.

Ainsi, nous nous occupons de l’accueil, de l’éducation, de la cantine, de la santé, mais aussi de la création d’emplois, de la construction de logements et de l’assainissement de nos villages, de l’environnement et du reboisement, de la sécurité, du sport, des cimetières que nous avons construits et qu’il faut entretenir, et, enfin, de l’animation de la foi et de la réception des sacrements. Toute la vie d’une ville et de ses habitants.

Notre lutte est une réponse aux situations d’urgence de l’extrême pauvreté, dans tous les domaines

Notre action Akamasoa est une lutte quotidienne contre l’extrême pauvreté, lutte difficile voire dangereuse. Nous recevons les appels SOS des plus pauvres d’Antananarivo, de ces familles venues de la campagne chercher un travail dans la capitale et qui n’ont trouvé qu’une fragilité et une déchéance plus grandes.

Nous accueillons des personnes qui ont rompu toute relation avec la communauté humaine, des personnes qui ont perdu leurs repères moraux.

Ecouter, comprendre et convaincre ces personnes ayant perdu toute espérance est un travail difficile dans lequel il faut investir des années, voire des dizaines d’années.

Parmi les gens que nous avons reçus à Akamasoa, certains boivent, d’autres fument le chanvre, la drogue locale qui souvent les rends fous. Nous avons, à l’intérieur du peuple d’Akamasoa, au moins une centaine de personnes qui ont perdu la raison. D’autres encore sont habitées d’une grande violence envers la société, et veulent en découdre avec leurs compatriotes parce qu’elles se sont senties oubliées et trahies par leurs propres frères.

Il y a ensuite des personnes qui, pour survivre, se sont habituées à voler, et pour qui le vol est devenu une seconde nature ; elles ont du mal à changer et à vaincre ce défaut qui leur colle profondément à la peau. D’autres, très astucieuses, mentent et inventent des histoires pour vous faire tomber dans le sentiment et la compassion.

Autant de ruses et de mécanismes inventés pour survivre dans la rue, pour survivre à tout prix dans une souffrance de plusieurs années.

Il ne faut pas croire non plus que convaincre les parents d’amener leurs enfants à l’école soit facile : les enfants de plus de 10 ans, qui ont été habitués au laisser-aller, au désordre, à l’anarchie, aux caprices, aux bruits et aux attractions de la rue, ont du mal à accepter la discipline de l’école et un horaire de vie pour la journée. Ils sont attachés à leur liberté, mais c’est une liberté qui ne vaut que pour s’adonner à leur plaisir du moment.

Nous recueillons aussi des malades dont les maladies couvées et cachées pendant de longues années, demandent une guérison longue, périlleuse et coûteuse.

Dans un monde où la pauvreté est présente à tout instant, où la propreté et l’hygiène font défaut, nous avons malheureusement aussi  beaucoup de décès dans nos villages. Nous devons encourager et rehausser les forces et le courage de toutes les familles tombées dans le deuil.

Jamais, je dois dire, je ne pourrai faire un enterrement par habitude, par routine, puisque je souffre moi-même avec ces familles pour qui le deuil vient redoubler la souffrance vécue au quotidien. Et c’est cette compassion dans la mort d’un être cher qui nous a soudés davantage, puisque ces familles ont compris que même mortes, on les respecte et on respecte les coutumes ancestrales funéraires. Cette proximité dans la mort m’a ouvert la porte de leur cœur.

Un long travail d’apprentissage avant de pouvoir aider

Comme vous pouvez le constater, notre travail n’est pas du tout simple et à la portée de tout le monde. D’abord, il y a eu un temps d’apprentissage des personnes, du lieu, des traditions, et dans mon cas, cela a demandé 15 ans avant d’initier l’aventure d’Akamasoa.

Il faut en plus une passion humaine à toute épreuve, de la maturité et une expérience de service pour devenir proche de toutes ces personnes qui souffrent dans leur vie. Il faut connaitre leurs mentalités et leurs coutumes, et surtout parler leur langue.

Nous n’avons pas cherché cela, mais, par la force des choses, tout ce travail dépasse l’humanitaire : il est indispensable que nous soyons constamment aux côtés des personnes que nous prenons en charge, dans toute leur vie, de la naissance à la mort, car il s’agit de personnes oubliées et repoussées hors du circuit social. Sans cette présence, tout ce temps passé pour les accompagner, elles ne réussiraient pas à se remettre debout et à retrouver une place dans la communauté.

Et pour ce travail, ce sont les jeunes du pays, à condition qu’ils aient l’amour et la motivation, qui sont les personnes les plus appropriées.

Ce sont les jeunes d’un pays qui doivent lutter pour leur frères et sœurs

Nous avons toujours pensé, en effet, que ce combat n’a un sens et ne peut aboutir que parce que ce sont les jeunes du pays qui sont en première ligne, et qui luttent contre la pauvreté sur leur terre d’origine. Ces jeunes-là, prêts à se battre pour leur pays, ne courent pas la rue, et surtout pas les classes aisées où ils vivent souvent divisés, les pieds à Madagascar, mais la tête et le cœur dans les pays riches, ne pensant qu’aux derniers gadgets et technologies, ce qui reste une tentation courante dans les pays pauvres du monde entier.

J’ai eu la chance de trouver, tout au début, des dizaines de jeunes diplômés qui sont venus me dire : nous aussi nous aimons notre pays, et nous voulons nous investir dans cette action de solidarité. Puis, peu à peu, au fil des années, nous avons eu, sortis de nos villages et de nos écoles, des centaines de nos enfants diplômés qui sont restés avec nous pour continuer ce combat contre l’injustice qui a créé toute cette pauvreté.

Cela doit continuer, puisque la relève est déjà là : les enfants que nous avons reçus à l’âge de 5 ans, accueillis dans nos crèches et nos maternelles, sont aujourd’hui professeurs, instituteurs, médecins et gestionnaires.

C’est à eux et aux jeunes du pays de dénoncer les exactions et de corriger les injustices commises par leurs propres compatriotes envers les plus pauvres de la nation. Ce sont eux qui, connaissant leurs habitudes et leur vie de l’intérieur, peuvent aider immédiatement leurs compatriotes.

Un travail dur, quotidien et incessant, peu propice à un séjour humanitaire

Le combat que nous menons demande d’affronter tout le temps des situations où nous-mêmes, pourtant déjà habitués à ces drames, nous nous sentons fragiles et faibles, nous comprenons nos limites et nous devons nous entraider pour nous relever avec courage, passion, force et amour.

Notre équipe, c’est un travail commun de plusieurs années, de formation et de partage de vie, qui l’a créée. C’est cette longue expérience qui a donné cette grande amitié et fraternité qui nous a permis de vaincre des situations dramatiques à l’extrême sans paniquer, sans perdre courage, et de rester debout auprès des plus pauvres, pour changer ces situations invivables qui étaient la vie normale des gens à l’époque, en des rapports plus respectueux, voire fraternels aujourd’hui.

Malgré les difficultés, nous n’avons jamais, durant cette lutte, demandé aucun privilège ; aujourd’hui, après 27 ans, nous exigeons seulement considération pour l’envergure des tâches accomplies et le nombre de pauvres qui frappent à nos portes.

C’est pour cela que devant ces situations tellement dramatiques et quotidiennes, nous ne pouvons pas recevoir des jeunes, des adolescents d’autres pays, et surtout ceux qui désirent venir seuls, car ils ne pourront pas faire face à ces tragédies.

Être là et cacher la vraie situation de ces familles pauvres, ce serait aussi tromper les gens, leur faire croire que tout est idyllique, que tout va bien, que tout est beau, alors que la réalité est tout autre.

Nous avons déjà reçu à Akamasoa des groupes de jeunes qui, sous l’égide d’une association, d’un collège ou d’un lycée, viennent passer une ou deux semaines, voire jusqu’à 1 mois, mais puisque cela est vécu en groupe, c’est beaucoup plus facile et viable.

Mais en principe, nous ne recevons pas des personnes seules. Nous savons aussi qu’il y a d’autres associations plus à la portée des jeunes en quête d’expérience humanitaire, et nous souhaitons qu’elles aussi bénéficient de ces aides venues d’ailleurs.

Appel aux jeunes malagasy

Personnellement, après avoir vécu 46 ans à Madagascar, j’ai compris que ce pays ne sera changé et transformé que par ses propres citoyens, ses propres jeunes surtout, qui se révolteront contre les injustices de l’extrême pauvreté, ces injustices qui crient au ciel et qui ont été créées de toutes pièces par les dirigeants mêmes du pays.

Nous souhaitons que ces jeunes révoltés soient de plus en plus nombreux, et qu’une fois arrivés aux plus grandes responsabilités, ils ne retournent pas leur veste comme l’ont fait la plupart des dirigeants de leur Nation depuis l’Indépendance, jusqu’à aboutir aujourd’hui à cette économie politique que gangrènent la corruption et le népotisme. Car les dirigeants, l’administration et les fonctionnaires du pays, ce sont eux la pierre d’achoppement du développement : assoiffés de back chiche, ils empêchent le progrès à cause de leur mentalité de corruption.

Voilà ce que j’aimerais dire aux jeunes d’Afrique et de Madagascar : vous les jeunes, vous pouvez démontrer que la pauvreté n’est pas une fatalité, et surtout pas une punition divine, mais qu’elle a été créée par les humains et qu’elle est entretenue par eux, par nous, par la société, par les partis politiques qui cherchent seulement le pouvoir pour le pouvoir, et d’abord, par tous ceux qui ont peur et qui n’osent pas dénoncer l’injustice, cette injustice qui aujourd’hui ferme la porte de l’avenir de millions d’enfants.

Nous pensons qu’un jour, des jeunes qui aiment leur pays, leurs frères, leurs sœurs et leurs propres enfants, pourront être authentiques, vrais, honnêtes et prêts à sacrifier leur vie pour le bien de leur peuple et de leur nation. Est-ce un rêve ? Je pense que cela peut être aussi une réalité.

Il est temps de se révolter

Car où sont passés ces jeunes révolutionnaires de 1972 qui rêvaient d’un monde plus juste, plus fraternel, d’un monde de partage ?

Nous avions presque le même âge, à cette époque. A 24 ans, en 1972, j’étais déjà à Madagascar ; et quand cette révolution s’est produite, je l’ai applaudie des deux mains, en pleine place publique à Vangaindrano.

Où est passé le désir de justice de ces jeunes révoltés, leur désir de partage, de solidarité, de Fihavanana, leur volonté de développer plus rapidement le pays et de donner à chaque citoyen les mêmes chances, dans les grandes villes comme à la campagne ? Où sont passés ces bons désirs, ces belles promesses pour le peuple malagasy ?

Et que sont devenus ces jeunes une fois qu’ils ont pris des responsabilités dans la société et dans les sphères du pouvoir ?

Madagascar et l’Afrique continuent de sombrer dans la pauvreté, voire la misère ; pourquoi ? Tous les diplomates présents à Madagascar connaissent cette situation ; mais par devoir « diplomatique », ils doivent dire des vérités d’une façon cachée, afin de ne pas mettre mal  l’aise les responsables du pays. Mais à qui profite cette hypocrisie ? A personne.

Jésus a dit : seule la vérité vous rendra libre.

Pourquoi donc partout ce manque de courage et de persévérance, ce manque de vérité et de justice ?

Nous portons devant nos enfants la responsabilité du monde actuel. Que leur dirons-nous au sujet de leur avenir ? Leur raconterons-nous de belles histoires adoucies, atténuées, voire des légendes ? Ou bien leur donnerons-nous l’exemple à suivre, par notre propre vie quotidienne en faveur de la justice, de la fraternité et du partage ?

Partout où je suis passé j’ai toujours défendu la force de la jeunesse : ce sont les jeunes qui portent l’espérance d’un peuple. Tous, nous espérons qu’un changement se produise un jour, pour qu’enfin nous puissions, par nos propres forces, renverser ce courant égoïste, indifférent et cette gabegie que tant de nos aînés nous ont laissée en héritage, sans scrupule ni mauvaise conscience.
Il est temps de se révolter, de tourner la page, de se risquer soi-même et d’oser dénoncer les injustices, en commençant dans sa propre famille et son propre quartier, et de construire cette société, ce pays que nous chantons dans notre hymne national toutes les semaines.

Heureusement, les Eglises chrétiennes sont très proches du petit peuple de la brousse, de la campagne et des bidonvilles ; mais elles devraient davantage dénoncer le mensonge, la corruption, le manque de vrai patriotisme, tout ce qui en général n’est pas fait pour le bien public et commun.

Ces dénonciations existent, mais elles sont trop sporadiques et quelques fois elles n’arrivent pas jusqu’au petit peuple, au fond de la forêt et de la campagne.

Tous nous avons tendance à oublier que cette lutte pour la dignité humaine et contre la pauvreté et la faim devrait être plus systématique et plus régulière, plus persévérante aussi, et qu’elle devrait se faire au quotidien.

Il nous est impossible de répondre à toutes les demandes

Bien sûr, à Akamasoa, nous ne fermons les portes à personne, mais je le répète, je sais que ce pays ne sera sauvé que par ses propres jeunes, dès qu’ils auront compris, par la foi et la force de l’espérance, la possibilité de commencer cette révolution de la justice pour chaque enfant, chaque jeune, chaque personne adulte dans ce beau pays qu’est Madagascar.

Tous ceux qui viennent de l’extérieur partager notre expérience de ce combat, de façon humble et fraternelle –  ces deux qualités étant la condition indispensable pour venir dans un autre pays et une autre civilisation –, ceux-là seront les bienvenus.

Une présence d’autres personnes, en effet, avec une culture, des expériences et des combats différents, peut toujours nous aider à continuer notre propre combat et à améliorer notre vie de tous les jours. L’ouverture à l’universel et à d’autres valeurs, à l’autre en général, est nécessaire pour tous les êtres humains dans le monde.

Cependant, même s’il y a une bonne volonté, un désir de servir les autres, nous ne pouvons pas, je le répète, accepter toutes les demandes.

Un échange à sens unique

Il faut que les jeunes d’Europe et d’Occident comprennent qu’il y a aussi des jeunes de Madagascar et d’Afrique qui aimeraient faire des séjours humanitaires dans l’hémisphère nord. Mais avoir un visa constitue pour eux un parcours extrêmement difficile, irrespectueux même, parfois, pour leur propre personne, quand toutes sortes d’informations concernant leur vie privée leur sont demandées, et souvent tout cela n’aboutit qu’à un refus. Alors qu’un jeune d’Europe n’a qu’à remplir quelques papiers, et en quelques heures ou quelques jours, un visa lui est délivré.

On devrait donner à tous les jeunes du monde cette chance de pouvoir voyager, car les voyages forment les personnes, élargissent leurs horizons et éclairent leur vie. Mais pour l’instant, c’est à sens unique.

Nous pensons aussi qu’il est possible d’aider les pays pauvres qui nous sont les plus proches géographiquement et culturellement, et que ce devrait être cela la priorité des jeunes en Occident qui désirent faire de l’humanitaire, plutôt que de partir à l’autre bout du monde, parfois dans le sens d’une recherche d’exotisme.

Ceux qui veulent faire de l’humanitaire devraient commencer dans les lieux difficiles de leur propre pays, afin de faire une première expérience, de s’ouvrir et de nourrir leur soif d’aller plus loin dans cet engagement.

Aider sera toujours difficile

Rien n’est pareil, dans aucun pays, dans aucune situation, et surtout quand il s’agit de l’Afrique, la grande oubliée du progrès, ce continent qui reste encore très enraciné dans des coutumes ancestrales fermées à la compréhension des pays du Nord.

L’essentiel est le désir et l’envie qu’on a au fond de soi-même de faire progresser l’humanité, de donner un coup de main à ceux qui vivent dans l’extrême pauvreté ; mais même là, le désir ne suffit pas : il faut encore être assez simple et discret, car l’amour lui non plus ne peut s’imposer.
Il faut être assez humble pour instaurer une relation de confiance, et laisser grandir d’elle-même la relation humaine.

Il faut avoir un charisme, sentir un élan, une énergie. Et pour aller plus loin dans l’aide humanitaire, il faut se lancer, car c’est en se lançant qu’on apprend à nager. Nous avons fait cela.

L’essentiel est cette volonté, mais elle ne suffit pas. L’autre est aussi important que moi ; il faut le respecter, dans ses traditions et ses coutumes. Cela ne peut s’apprendre ; il faut laisser le temps.

Même si on a appris dans une université des leçons sur la diversité des cultures, la vie de tous les jours est différente ; le contact avec une personne humaine est différent, car il peut y avoir, d’un côté comme de l’autre, refus ou syntonie.

Ce ne sont pas les choses apprises qui guident les conduites dans la relation humaine, mais un sixième sens qui nous guide vers l’harmonie, et nous fait saisir au-delà de tout l’âme de la personne qui nous fait face. Cela ne s’apprend pas dans les livres ou les conférences, mais au milieu de la vie, au milieu du peuple, des drames, des joies qu’on vit dans chaque tribu, dans chaque nation.

Un combat pour la liberté et la justice que chacun peut accomplir là où il se trouve

Tous sur Terre, nous sommes convaincus que nous ne sommes pas nés pour souffrir et vivre dans l’extrême pauvreté comme des exclus et des mendiants. Nous vivons pour être nous-mêmes, authentiques, libres et heureux.

Un tel combat se réalise tous les jours avec des hauts et des bas, dans cette Association Akamasoa qui est devenue un Mouvement de solidarité et d’action en faveur de chaque enfant, de chaque frère et sœur qui vit dans la pauvreté et que son propre pays a délaissé et oublié.

Et ce combat doit se traduire par des actions immédiates et concrètes ; ce n’est que parce qu’elles sont vécues au quotidien que les paroles de dignité et de vérité prennent un poids et une valeur.

A chacun de nous d’essayer de les mettre en pratique, là où il vit, dans la culture qui est la sienne, là où connaissant les mentalités et les façons de faire, il est le mieux à même de venir en aide à ceux qui souffrent.

Fraternellement,
Père Pedro

Mercredi des cendres, début du temps de carême à Andralanitra, Manantenasoa et Mahatsara

 

Ce matin, nous sommes entrés en carême par l’Eucharistie, célébrée à Andralanitra (cf. les photos ci jointes), Manantenasoa et Mahatsara.

Dans les 3 centres d’Akamasoa ce sont des milliers d’enfants, jeunes et parents, qui sont venus recevoir les cendres.

Nous avons senti un grand désir de nous approcher du Dieu d’amour et de vérité, dont nous avons besoin dans notre vie de tous les jours. Ce fut notre saint défi lancé pour l’ouverture de ce temps de carême : nous approcher de ce Dieu bon, miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour.

Et nous nous sommes engagés à ce que ce désir se traduise dans notre vie quotidienne :
Par une relation plus fraternelle entre nous, dans nos villages, notre famille et sur notre lieu de travail ;
Par l’effort de faire un geste de bienfaisance envers l’autre durant une journée ;
En cessant les insultes et les mauvaises paroles ;
Et en tenant propres nos villages !

Car nous sommes persuadés que cette sincérité du cœur et de l’esprit, si elle est véridique, se verra dans notre habitat, qui sera accueillant, fraternel et propre. Car c’est toujours de l’intérieur que proviennent les changements les plus importants : comme le dit le proverbe malagasy, ny fanahy no maha-olona (c’est l’esprit qui fait la personne).

En ce début de carême, nous avons aussi invité les gens à participer aux chemins de croix, qui auront lieu dans chaque village d’Akamasoa, tous les vendredi à 16h30, jusqu’à Pâques, et dont nous vous ferons bientôt partager les moments à travers de photos.

Père Pedro

1er vendredi du mois – Fête de la Lumière

Comme mardi dernier à Andralanitra, nous avons célébré ce matin la messe du 1er vendredi du mois à la grotte de Manantenasoa, sous le signe de la Lumière.

Une grande foule de plusieurs milliers de personnes, enfants, parents, élèves et travailleurs, s’est rendu à 5h30 ce matin pour participer à cette célébration, qui a commencé au-dessus de la carrière, puis, après une courte procession, a eu lieu dans la grotte de la famille sainte.

Quelques images pour en juger..

Fête de la chandeleur, fête de la Lumière

Nous avons fêté ce mardi 2 février, dans le village à côté de la décharge, à Andralanitra, la fête de la lumière, qui a commencé vers 5h30 du matin.

Nous nous sommes réunis à un croisement de trois chemins face au dispensaire, et c’est là que nous avons fait la bénédiction des bougies. Puis nous sommes partis en procession vers la chapelle de la cité Akamasoa. En chemin, nous avons tout de suite été rejoints par une grande multitude et nous avons spontanément décidé de dire la messe au milieu de la rue, puisqu’il aurait fallu dix chapelles pour faire entrer cette foule. Nous nous donc sommes assis au milieu de la rue, et nous avons dit la messe dans le village Akamasoa.

Nous avons expliqué, durant l’homélie, le sens de cette fête : Jésus Lumière du monde, Lumière de chaque être humain, qui était présenté au Temple en ce jour. Nous aussi nous pouvons suivre l’exemple de Jésus et offrir nos enfants au Temple et à la lumière de Dieu. La coutume juive consistait à présenter le garçon premier né au Temple ; mais aujourd’hui, 2 000 ans plus tard, nous avons compris que garçon ou fille nous avons la même dignité, les mêmes droits et les mêmes devoirs. Cette coutume a été transformée par l’Esprit de l’Evangile, où le message est que Dieu aime tous les êtres humains, homme et femme, garçon et fille, et que devant lui il n’y a pas de prédilection : tous nous sommes égaux, tous nous avons la même dignité, jouissons de la même ressemblance et de la même image de Dieu, qui est Amour et seulement Amour.

Jésus qui était présenté comme enfant de 40 jours au Temple, ce Jésus là est revenu dans ce Temple de Jérusalem à 12 ans et il a enseigné aux scribes et aux pharisiens. Et quand il a commencé sa vie publique, il est revenu prier dans ce Temple et surtout, plus tard, il en a chassé les marchands, pris d’une sainte colère en voyant la maison de Dieu transformée en marché et en lieu commerce. Et à sa crucifixion, quand il est mort sur la croix, les centurions romains ont reconnu que cet homme était vraiment fils de Dieu, et dans le Temple de Jérusalem les rideaux se sont déchirés. Dieu a voulu manifester par ce geste qu’à partir de cette mort du Christ, le vrai Temple de Dieu, c’est chaque être humain et chaque personne qui reçoit la grâce de Dieu, le baptême, l’amour sans frontières de Dieu. Et c’est à partir de la résurrection, dans ce Temple intérieur que chaque être humain porte en lui-même, étincelle divine, essence de Dieu lui-même, Vie par excellence, que Dieu nous parle aujourd’hui.

Saisir dans son âme et son esprit cette grande nouveauté apportée par Jésus, est la plus grande révolution spirituelle que chaque homme et femme, enfants de Dieu, peut faire en lui-même, grâce à la liberté que Jésus nous a apportée par sa vie, sa parole, son message et son exemple.

C’est pour cela que ce matin, au bord d’une décharge, des milliers d’enfants, jeunes et adultes, se sont rassemblés pour célébrer cette fête de la Lumière, et très tôt ce matin nous avons senti une grande communion et une joie d’être ensemble, d’être tous illuminés par la parole de Dieu et par la parole qu’il nous offre tous les jours.

A chacun de nous de tendre et d’ouvrir sa main pour recevoir cette lumière et cette liberté de Dieu qui nous remplissent d’une joie qu’on ne peut pas expliquer. On peut parler d’une ivresse divine de joie en ressentant tant d’émotions dans un seul instant. Est-ce que cela n’est pas déjà une preuve de la présence de Dieu au milieu de nous ?

Voici quelques photos pour illustrer cette prière que nous avons faite au milieu de la rue, dans le village de la Cité Akamasoa.

Chers frères et sœurs, vivons ensemble dans cette liberté tellement chère aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui, et dans la Lumière qui nous unit dans une seule et même famille humaine.

Vive la Lumière, vive l’Humanité et vive la Fraternité !

Père Pedro

Messe du 24 janvier – Réflexions du père Pedro

Dimanche 24 janvier, la messe à Akamasoa a été célébrée encore une fois avec une grande joie, après deux dimanche où nous avions baptisé 419 petits enfants. L’église était pleine, bien que beaucoup de parrains et de marraines, venus de l’extérieur lors de ces deux dernières semaines, ne fussent pas revenus.

Dans notre église, nous venons de rehausser le toit et cela a donné plus de lumière à notre espace de prière et de rassemblement. Maintenant on peut voir cette multitude de frères et sœurs qui se réunissent tous les dimanches pour écouter la parole de Dieu et recevoir le corps du Christ.

L’évangile que j’ai lu ce dimanche concernait justement le début de l’action publique de Jésus : après son baptême dans le Jourdain, Jésus revient en Galilée dans sa ville natale de Nazareth et, le jour du Sabbat, il entre dans la Synagogue où on lui donne le livre d’Isaïe pour qu’il en fasse lecture. En ouvrant ce livre, il lit le passage où il est écrit : l’Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction, il m’a envoyé porté la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés et annoncer une année de grâce accordée par le Seigneur. Et Jésus d’ajouter : Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre (Lc 4, 18).

J’étais tellement heureux d’entendre ce message qui sera le programme de vie de Jésus, et que j’ai suivi dans la prêtrise. C’est ce Jésus ami des pauvres, ce Jésus libérateur, ce Jésus plein d’humilité et de courage qui apporte la liberté aux opprimés qui m’a séduit dès l’âge de 15-16 ans.

Ce dimanche, je suis allé m’asseoir au milieu de la foule, et c’est, comme Jésus l’a fait, parmi le peuple d’Akamasoa que j’ai fait mon homélie, les yeux fermés pour puiser davantage de concentration et comprendre plus profondément ces paroles de l’évangile. Je crois que cette première homélie de Jésus dans une synagogue, devant le peuple, est la plus courte de toutes les homélies qu’il prononcera. Un exemple pour nous les prêtres de ne pas rêver ni rajouter des phrases littéraires, théologiques ou même scientifiques, que nous faisons souvent pour séduire l’auditoire, quand en fait c’est l’Esprit Saint qui devrait nous inspirer et parler à travers nous. Quand l’Esprit parle, il suffit de quelques phrases bien concrètes tirées de la vie de tous les jours pour que les fidèles soient atteints dans leur cœur et leur esprit.

J’ai dit ensuite à mes 7 000 frères présents lors de cette Eucharistie : « Chers frères, quand il s’adressait à ses frères à Nazareth, Jésus n’avait aucun habit distinctif. Il n’est pas resté au pupitre pour s’adresser à la foule de haut en bas, mais il est allé s’asseoir au milieu du peuple dont il est sorti, pour leur dire : aujourd’hui les Ecritures se sont accomplies ».

Cette humilité de Jésus fils de Dieu fait homme, qui n’est pas venu avec la force du pouvoir, ni de l’argent, ni d’aucun prestige, mais avec la force de l’Esprit dont il était oint par Dieu, pour témoigner de la Vérité et de l’Amour.

Il me revient à l’esprit que le Dieu de Jésus est un Dieu qui nous surprend tout le temps, un Dieu qui voyage avec son peuple, un Dieu qu’on ne peut pas assigner à résidence définitive ni fixer dans aucun siècle ou retenir dans un temple, si beau soit-il, car aucun temple ne peut enfermer son Esprit d’amour et de liberté.

Et je ne peux pas oublier non plus les paroles de Jésus à la Samaritaine, ces paroles qui m’ont frappé dès le plus jeune âge : Mais l’heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; car ce sont là les adorateurs que le Père demande (Jn 4, 21-23).

J’ai compris ce dimanche, assis au milieu de ce peuple de Dieu dont je fais partie, que la nouveauté apportée par Jésus a été si grande qu’aucune génération n’a pu la saisir ni la comprendre entièrement. Et cette nouveauté est rappelée à revivre à chaque génération, et ce jusqu’à la fin du monde, quand elle aura lieu.

Cette nouveauté, nous les baptisés au nom du Christ, nous ne l’avons jamais vraiment assimilée dans notre esprit et notre cœur, nous ne l’avons jamais mise totalement en pratique, parce que nous hésitons, nous avons peur et honte de ce que penseront et diront les gens ; parce que cela dérange aussi de s’exposer, parce que dénoncer les injustices provoque des exclusions, et que défendre les opprimés apporte des ennuis et des persécutions dont nos frères dans la foi, en Syrie et en Irak, témoignent, nous préférons faire profil bas et « avoir la paix ».

Ce Jésus nouveau qui apparaît dans cette lecture, nous le chercherons toute notre vie et les générations qui nous suivront feront de même.

Mais j’ai senti ce dimanche, avec ce peuple, une telle communion, une joie qu’il m’est difficile de décrire, mais que j’ai vécue durant presque 3 heures, durant le temps où nous avons ensemble écouté la parole de Dieu et célébré l’Eucharistie.

Avant de finir l’homélie, j’ai demandé à tous les frères et sœurs présents de mettre leur main droite sur l’épaule de leur frère d’à côté, et de constituer ainsi une chaîne d’amitié pour sentir que nous faisons tous, ensemble, le corps du Christ, l’Eglise vivante aujourd’hui, ici et maintenant. Un geste peut signifier quelques fois beaucoup plus que de longs discours l’unité. Et nous savons bien combien nous avons besoin de cette unité, de cette amitié et de cette communion durant l’Eucharistie. A ce moment, la joie des enfants et des fidèles présents était palpable, parce qu’un esprit planait au-dessus mais aussi à l’intérieur de chacun de nous.

C’est ainsi qu’à la fin de la messe, une sœur malgache, missionnaire à Cleveland (Etats-Unis), a dit, lorsqu’on lui a donné le micro : je me suis sentie ici comme au ciel. Une autre sœur, congolaise, de passage à Akamasoa a ajouté : je ne savais pas qu’un tel lieu existait, un lieu d’une telle joie. Et une famille française après la messe, devant la porte d’entrée : si en France il y avait autant de joie dans une messe, les gens reviendraient prier.

En toute humilité, je dirais à mes frères les prêtres : quand nous présidons l’Eucharistie, c’est par grâce, et seulement par grâce gratuite donnée par Dieu, sans aucun mérite de notre part.

Ce n’est pas nous les prêtres, mais Jésus qui réunit l’assemblée de frères et sœurs qui sont tous des disciples de Jésus baptisés en son nom, qui ont tous aussi reçu l’onction de Sainte Huile (SC), ce sacrement donné à tous les chrétiens, et qui a fait de ce peuple un peuple de prêtres, de prophètes, un peuple royal.

Pourquoi nous sommes-nous, nous les prêtres, si éloignés du peuple de Dieu, en créant un fossé entre le peuple et les prêtres, quand tous les deux ne font qu’un seul corps sans aucune distance ?

Cette distance n’était pas voulue par le Christ, mais ce sont nous les hommes qui l’avons créée, avec cette mentalité de culture païenne restée en nous. Beaucoup de cultes païens, en effet, se sont greffés à notre liturgie, et nous les avons sacralisés à l’extrême, faisant du peuple de Dieu un spectateur, qui regarde sans participer, qui ne vient là que pour accomplir une loi de présence au jour du Seigneur. Et c’est peut-être une des raisons qui expliquent que beaucoup d’églises se sont vidées de leurs fidèles, puisqu’on sentait si peu d’amitié, de fraternité et de communion dans nos Eucharisties.

Nous n’avons aucune formule magique pour attirer et convaincre les gens qui eux aussi sont éloignés de la grâce et de l’amour de Dieu, les tentations sont grandes, celles de l’argent, du pouvoir et du sexe mal compris, qui nous font tous pencher vers l’égoïsme, le chacun pour soi et l’indifférence, et qui forment ensuite des personnes qu’il est difficile de tourner vers la prière et l’adoration du Dieu d’Amour.

Chacun, nous les prêtres et chaque fidèle, nous avons besoin de la conversion personnelle pour suivre Jésus. Jamais et nulle part dans le monde, il ne sera facile d’attirer les gens à accepter et vivre l’évangile. Car il y a toujours un renoncement de soi-même à faire, un effort d’acceptation de l’autre comme son frère, même d’autres race, culture et civilisation, ainsi qu’un don de sa vie pour celui qu’on aime ; et cela ne sera jamais facile.

Mais nous savons par expérience que là où il y a la joie, la participation, le partage des richesses et la fraternité, les gens viennent d’eux-mêmes. Mais cette joie, cette fraternité se créent avec beaucoup d’imagination et d’efforts, d’incompréhension et de douleur.

Jésus est passé par là, il a été contesté, insulté, incompris, mais il a persévéré jusqu’à la croix, où il a souffert et assumé tous les maux qui attaquent l’être humain. Il a vaincu dans sa propre chair le mal qui est l’adversaire redoutable de tout être humain.

Et c’est à partir de sa résurrection que tout a changé, parce que tous nous sommes sauvés par cette résurrection qui nous a été donnée gratuitement comme un don d’amour de Dieu pour chacun de ses enfants, ces enfants que nous sommes. Et cette résurrection que nous célébrons chaque dimanche doit vraiment ressembler à une communauté de ressuscités : une telle communauté a un visage heureux, radieux, plein de joie et d’espérance, de fraternité et amour, tout cela doit se lire sur les visages des frères et sœurs présents. Bien sûr cela peut n’être que de beaux souhaits, mais il y a des endroits sur notre terre où ces communautés existent.

C’est ce que nous essayons de faire à Akamasoa, avec des jeunes, des enfants et des adultes, avec tous les frères et sœurs touristes qui viennent de différentes nations, chaque dimanche, depuis 20 ans. Et chaque dimanche, c’est une nouvelle liturgie, une nouvelle vie de Dieu que nous essayons de vivre et de comprendre dans notre cœur et notre esprit.

Chaque dimanche, on vit la nouveauté de la parole de Dieu et de l’Esprit de Jésus à Akamasoa.

En toute humilité et simplicité, nous vous disons comme Jésus a dit à ses apôtres : venez et voyez.

Père Pedro

 

 

Finale de basket à Andralanitra

 

Dimanche 24 janvier, nous avons eu le plaisir d’assister à la finale d’un championnat de basket qui se déroulait sur notre terrain d’Andralanitra!

Depuis plusieurs semaines, chaque dimanche, des équipes, dont une pour Akamasoa, s’affrontaient sous les yeux de spectateurs toujours nombreux.

L’ambiance était au rendez-vous ce dimanche, le match très disputé, mais dans un grand respect et un esprit sportif.

Le père Pedro assistait à la finale et il a distribué le trophée aux vainqueurs, et serré les mains des vaincus et des vainqueurs !