Le travail continue

« Chers amis,
 
Comme chaque année, nous voulons partager avec vous le travail accompli au cours de l’année passée, grâce à vos appuis financiers, moraux et spirituels, et vous exposer nos perspectives d’activités pour 2007.
 
2006 a été pour Akamasoa une année de progrès : nous avons fait un pas de plus vers l’autonomie malgré les difficultés. Un exemple illustrera cette avancée financière et de solidarité entre les familles : l’extension à 2.000 personnes sans ressources de notre protection sociale. Cela a été possible parce qu’un plus grand nombre de parents et de jeunes ont conscience de la nécessité de travailler plus et mieux pour accroître les ressources familiales. Nous avançons dans cette direction, qui est notre objectif, mais moins vite que nous le voulons car Akamasoa n’est pas une île. Nos activités économiques et l’augmentation des emplois à l’extérieur de l’Association dépendent de l’économie du pays.
 
Avant de revenir à Akamasoa, voici ma vision de la situation et des perspectives de développement de Madagascar ; pays où mes frères lazaristes m’ont envoyé en mission depuis 35 ans et auquel je suis si fortement attaché.
Les espoirs n’ont pas été au rendez-vous des prévisions : molle croissance économique ; dégradation du pouvoir d’achat sous l’effet de l’inflation grandement liée à des facteurs externes ; faibles investissements privés nationaux et étrangers et donc peu de création d’emplois. Le chômage est toujours très important et la pauvreté n’a pas régressé.
 
Est-ce à dire que tout est négatif ? Non, et tant s’en faut.
 
La réhabilitation des routes et des pistes avance pour désenclaver les zones rurales et donc encourager les paysans, et pour accroître l’intégration des Régions et donc stimuler la concurrence et les échanges économiques internes. Des progrès importants sont enregistrés en matière d’éducation et de santé. Les restructurations d’entreprises publiques ruinées sont en cours : un seul exemple ; celui de la Jirama (eau & électricité) est en redressement, même si cela a conduit à un nécessaire et très important relèvement des factures. Des réhabilitations et construction portuaires, des investissements miniers, l’assainissement progressif des finances publiques et des douanes, la lutte contre la corruption, qui ronge l’économie et la morale civique ; tout cela est aussi à mettre à l’actif du gouvernement. Beaucoup a donc été fait depuis 2002.
 
Ces améliorations ne peuvent faire oublier les difficultés quotidiennes des malgaches. Il y a un désenchantement lié au climat économique morose et une 42 amertume des plus pauvres qui espéraient que leurs conditions seraient améliorées par le « développement rapide » annoncé.
 
L’année 2006 était un rendez-vous politique important pour le pays : celui de l’élection présidentielle. Le Président Marc Ravalomanana a été réélu au premier tour le 3 décembre dernier. De mauvais augures annonçaient des troubles.
 
Rien de cela : tout s’est passé dans le calme, ce qui est crucial pour poursuivre la reconstruction du pays. Car beaucoup reste à faire.
 
Il faut être réaliste. On ne remet pas sur pied, d’un coup de baguette magique, un tissu économique dévasté, une société gangrenée par la pauvreté qui atteint 75% de la population, et une morale civique rongée par la corruption. Le chemin sera dur et long pour que Madagascar connaisse un développement économique et social accéléré et durable.
 
Mais être réaliste ne doit pas empêcher que le peuple soit vigilant et exigeant. Aujourd’hui, un malgache sur quatre dispose d’un minimum de « couverture » sociale. Comment reconstruire le pays si 75 % de la population vit dans l’insécurité et tant de gens dans la grande pauvreté, puisque le marché intérieur n’a pas d’assise ? La lutte contre la pauvreté est une des fondations de la nouvelle maison. Personne ne peut se remettre au travail s’il n’a pas un minimum vital : pouvoir manger à sa faim, être logé même sommairement mais sainement, et soigné ? Un « filet de sécurité » doit être inscrit dans les priorités du gouvernement. Aujourd’hui, la lutte contre la pauvreté progresse trop lentement.
 
Enfin, il est nécessaire de combattre les abondons de famille par des pères irresponsables, ainsi que le Président de la République l’a annoncé lors de sa présentation des vœux aux Corps constitués et au corps diplomatique.
Quel bilan tirer rapidement du travail accompli par Akamasoa ? Je le résume : la scolarisation progresse (+ 5 % d’élèves pour la nouvelle année scolaire) et l’encadrement par les enseignants aussi ; les emplois économiques de l’association ont augmenté de 14 % en deux ans et les emplois de services sont constants, ce qui démontre que pour une population accueillie qui a augmenté, la qualité du travail s’est améliorée ; nous avons poursuivi notre programme de logements sociaux pour assurer une vie familiale digne ; enfin après des années passées avec nous, des familles ont recouvré leur autonomie en revenant vivre dans leur village ou ville d’origine.
Rien de tout cela ne peut être fait sans la grâce de Dieu et la prière.
Que Dieu bénisse Madagascar et son peuple.
 
 
Conclusion – le travail continue…
 
Les grands problèmes que le pays affronte (sécurité, santé, emploi, laissez aller, indifférence face au bien commun, difficultés à changer de mentalité) ne nous abattent pas : nous avons toujours la même énergie pour apporter notre pierre dans la lutte contre la pauvreté pour la reconstruction du pays.
 
Nous sommes convaincus qu’un peuple laissé tant d’années dans un désastre économique et la corruption ne peut pas subitement changer, comme des experts l’imaginent. Il faut une génération, c’est – à – dire 20 ans, pour que ces familles très abîmées dans la rue puissent commencer à vivre une vie digne et normale.
 
Souvent les décideurs et les experts ne connaissent pas la réelle situation des familles pauvres. C’est pour cela qu’ils se trompent dans le diagnostic et ensuite dans les remèdes et les solutions qu’ils proposent. Ces personnes sont en réalité plus pressées de proposer une solution théorique qui va séduire le Bailleurs de Fonds, que de l’impact concret et efficace qui pourrait avoir lieu dans la population encore pauvre et délassée.
 
En fait, on ne prend pas assez en compte l’environnement social, psychologique et moral des pauvres qui doivent se reconstruire intérieurement et civiquement avant de pouvoir regarder au-delà du quotidien. Pour la majorité des familles pauvres, le futur c’est le soir même, le lendemain c’est très loin ; ils vivent au jour le jour.
 
Les pauvres ont le sentiment très fort et parfaitement fondé que leur avenir est incertain et que beaucoup de dangers les guettent. Ils cherchent d’abord de vraies solutions pour sauver leurs familles, mais les croyant inaccessibles, ils cherchent malheureusement refuge dans l’alcool, la drogue, la fuite de leur foyer, et ainsi s’enfoncent davantage dans la misère.
 
C’est face à cette situation à laquelle nous sommes confrontés quotidiennement, que nous essayons de conscientiser et former les pauvres pour qu’ils commencent prendre leurs responsabilités et assainir leur milieu de vie. Il faut les aider à renverser cette situation ! Comment dans telles circonstances, peut-on venir avec des idées sophistiquées, de belles théories, qui naissent souvent autour d’une table bien garnie ? Il faut de l’humilité quand on vient au milieu des pauvres !
 
C’est pourquoi Akamasoa essaie de construire un environnement favorable et positif dans ses villages construits avec tant de passion, de respect et d’amour. Mais il faut que cela se fasse dans toute l’étendue de la Commune et du Pays. Sinon nous resterons une oasis rare au milieu d’une jungle où la loi qui règne est celle du «sauve qui peut». Nous exprimons haut et fort les exigences d’une discipline communautaire, c’est-à-dire civique, que tous doivent respecter : les enfants, les jeunes, les adultes et les parents pour pouvoir vivre ensemble dans le respect et l’harmonie. Seule la conscience et l’exigence morale intérieure vécues dans l’effort, feront de nous des êtres libres et heureux !
 
Nous voulons, et devons, rester au plus près des gens et chercher un nouveau chemin avec eux et au milieu d’eux. Malgré toutes les difficultés que nous trouvons au quotidien nous ne baisserons jamais les bras !
 
Des milliers des personnes qu’il faut diriger et administrer chaque jour, est un travail qui exige une totale abnégation : c’est la charité ! Nous savons que le temps joue en notre faveur si nous continuons à nous engager, à former nos jeunes à prendre leurs responsabilités face à la société dans laquelle ils vivent.
 
Chers amis, qui nous accompagnez depuis des années, continuez à rester à nos cotés pour que nous poursuivions notre lutte contre la pauvreté, en première ligne ! C’est pour cela que les pauvres nous ont apprivoisé et nous ont fait confiance. Cette amitié sincère est la base de tout travail fécondant avec les oubliés.
 
Puisse la nouvelle année 2007 être pleine d’espérance et meilleure pour ceux qui vivent avec moins d’un euros par jour !
 
Merci de rester avec nous. »